*Tribune du SPBE — Mai 2026*
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Le 26 mai 2026, Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, a annoncé avoir demandé au Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) de lancer une mission de cartographie et d’évaluation de la qualité des formations en médecines intégratives, douces et alternatives, afin de lui soumettre des propositions pour mieux les réguler.
Cette annonce ne nous surprend pas. Elle confirme ce que le secteur du bien-être et de la santé intégrative professionnel réclame depuis des années : il est temps de mettre de l’ordre dans un paysage de formations trop longtemps livré à lui-même.
Mais elle nous interpelle aussi directement. Car si cette mission de régulation ne s’appuie pas sur les acteurs professionnels organisés du secteur, elle risque de passer à côté de l’essentiel voire de produire des effets inverses à ceux recherchés.
Une prise de conscience institutionnelle bienvenue
Face à l’essor du secteur privé, la régulation de l’enseignement supérieur est devenue une priorité du gouvernement, qui entend structurer le paysage en se basant sur la qualité des cursus. (https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/enseignement-superieur-le-ministre-philippe-baptiste-ve…
Le ministre a lui-même évoqué des pratiques de « stretching » sur les accréditations RNCP, consistant à déléguer l’accréditation à des formations connexes, ainsi que des frais immobiliers ou de marketing extrêmement élevés dans certaines structures, qui dans des cas documentés délivrent un diplôme de façade aux apprenants en difficulté pour maintenir de bonnes statistiques d’accréditation. [Vie-publique](https://www.vie-publique.fr/discours/298306-philippe-baptiste-09042025-senat-orientation-enseigneme…
Mais la régulation ne peut ignorer ce qui existe déjà
Le secteur du bien-être professionnel n’est pas une terra incognita. Des fédérations, des syndicats, des réseaux de praticiens ont construit avec la CNPL, souvent sans soutien public, des référentiels de compétences, des chartes déontologiques, des dispositifs de formation continue. Ces architectures qualité existent. Elles méritent d’être reconnues, pas contournées.
Plus fondamental encore : il existe aujourd’hui un corpus scientifique solide autour des pratiques qui constituent le cœur de métier de nos professionnels. Une étude participative de grande ampleur, mobilisant plus de 1 000 personnes sur deux ans sous le pilotage de la Non-Pharmacological Intervention Society, a permis d’établir un paradigme scientifique consensuel pour les interventions non médicamenteuses (INM), avec un cadre d’évaluation comportant 77 invariants,14 éthiques et 63 méthodologiques — et une définition unanimement adoptée. (https://www.santementale.fr/2025/10/intervention-non-medicamenteuse-une-etude-etablit-un-paradigme-…
Les professionnels disposent aujourd’hui d’INM mieux décrites, mieux validées, mieux ciblées, mieux dosées, mieux personnalisables et mieux suivies. [Dunod](https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/guide-professionnel-interventions-non-medicamen…
Des pratiques comme les programmes d’activité physique adaptée, les psychothérapies, les protocoles d’hypnose ou d’éducation thérapeutique sont aujourd’hui reconnues comme efficaces et s’appuient sur une démarche scientifique. [Girci-idf](https://girci-idf.fr/evaluation-interventions-non-medicamenteuses/) Ce n’est pas le cas de toutes les pratiques de »bien-être » sur le marché et c’est précisément pourquoi la distinction entre opérateurs sérieux et structures opportunistes est indispensable.
En France, le plan « Santé mentale et bien-être » prévoit de former 10 000 professionnels à des approches non médicamenteuses. [Priseenchargepreventive](https://www.priseenchargepreventive.fr/interventions-non-medicamenteuses-2025/) L’État lui-même reconnaît donc le rôle de ces pratiques dans la politique de santé publique.
Les organismes privés de formation : s’engager sur la qualité, pas la subir
La mission Hcéres concerne en premier lieu les formations dispensées au sein de l’enseignement supérieur public et accrédité. Mais son onde de choc atteindra inévitablement l’ensemble du secteur de la formation en bien-être, qu’il soit académique ou privé. C’est pourquoi les organismes de formation privés du secteur bien-être doivent, dès aujourd’hui, anticiper et renforcer leurs engagements qualité non par obligation réglementaire, mais par responsabilité professionnelle.
Les outils existent. Depuis le 1er janvier 2022, les organismes de formation continue doivent être certifiés Qualiopi pour accéder aux financements publics et OPCO. Cette certification constitue un plancher minimal. Elle vérifie les processus, les conditions d’accueil, la progression pédagogique, la qualification des intervenants. Depuis les évolutions de 2025, les auditeurs Qualiopi vont au-delà de la vérification documentaire : ils rencontrent les formateurs, observent les pratiques réelles et s’assurent que ce qui est écrit correspond à ce qui se fait sur le terrain.
Notre demande : être associés à la mission, pas seulement évalués par elle
Nous saluons la décision du ministre de lancer cette cartographie. Nous demandons à y être associés. Non pour en infléchir les conclusions au profit de nos membres, mais parce qu’une évaluation pertinente des formations en bien-être ne peut se faire sans les organisations professionnelles qui en connaissent les réalités, les niveaux d’exigence et les dérives.
Ce travail de fond, notre syndicat ne vient pas de le commencer. Depuis de nombreuses années, les organisations professionnelles du secteur bien-être sont engagées aux côtés d’AFNOR Normalisation dans un travail de structuration des référentiels et des normes applicables à nos disciplines avec le soutien actif de la CNPL, qui accompagne cette démarche et lui donne sa légitimité institutionnelle. Ce n’est pas un travail théorique. C’est un engagement concret, exigeant, inscrit dans la durée, mené par des professionnels qui ont choisi de construire les standards de leur secteur plutôt que d’attendre qu’on les leur impose.
Ce travail est aujourd’hui sur le point de porter ses fruits. Dans les prochains mois, des labels qualité vont voir le jour pour les centres de formation qui respectent les normes définies dans ce cadre, et pour les praticiens eux-mêmes qui s’engagent dans une démarche de qualité vérifiable et continue. Ces labels ne seront pas des titres honorifiques : ils attesteront d’un niveau d’exigence réel, audité, reconnaissable par le public et par les financeurs.
Un message direct à toutes les professionnelles et professionnels du bien-être : soyez vigilants.
Toutes les organisations qui se présentent comme représentatives de votre secteur ne s’engagent pas au même niveau. Demandez à vos organisations ce qu’elles font concrètement sur la qualité. Le SPBE, lui, est engagé sur plusieurs labels simultanément formations et praticiens parce que nous considérons que la crédibilité du secteur se construit sur des actes, pas sur des déclarations.
Nous demandons également que cette mission Hcéres distingue clairement les formations qui s’appuient sur un corpus de savoirs structuré, une déontologie professionnelle et des dispositifs qualité auditables de celles qui s’en dispensent. Ce n’est pas la même chose. Les praticiens bien-être sérieux ne peuvent continuer à pâtir de l’amalgame avec les structures qui ont choisi la facilité. La cartographie du ministre sera utile si elle est précise. Elle sera injuste si elle traite dans le même regard ceux qui travaillent depuis des années à l’excellence professionnelle et ceux qui ont prospéré sur le flou.
La régulation n’est pas notre adversaire. Elle est, si elle est bien conduite, notre meilleure alliée. Nous y sommes prêts et nous l’étions avant même qu’elle soit annoncée.
